Chateau de Crévin


Vaste ensemble de 80 ha serrés autour d'un château et de ses corps de ferme, le tout implanté sur un replat en rupture de pente sous la falaise du Salève, il profite d’un site exceptionnel et jouit d'une vue imprenable sur le Jura, au loin, Genève et le lac Léman à ses pieds. Henri Bordeaux, l'académicien originaire de Thonon-les-Bains, l'a pris pour cadre dans sa nouvelle, «Celle qui n'était pas invitée», parue en 1930 dans la Revue des Deux-Mondes.

Le domaine de Crevin se rassemble autour d'un château qui domine la pente, entre les bois qui occupent le fond et le vignoble qui descend, bien exposé au soleil vers la Ferme de l'Hôpital. Ce château, grand rectangle allongé d'un seul étage, date de la fin du 17ème siècle et a déjà l'élégance mesurée des demeures du 18ème. Sa façade d'entrée est du côté de la montagne.

Une cour, plantée à la française avec des buis taillés et des parterres de sauge, le sépare de la grille ouvragée et de l'autre côté de la route, un bassin avec un haut jet d'eau, une mare qui reflète des verdures penchées et qui porte, comme une flottille de radeaux, des feuilles de nénuphars, une pelouse montante, aboutissent par plans successifs à la paroi du Salève. L’autre façade jouit d’une vue étendue : la plaine, Genève qui, le soir, s’illumine de mille feux et que domine la cathédrale de Saint-Pierre, le lac Léman enfin, resserré là comme un grand fleuve.

Le nom Crevin ne viendrait pas du latin « crepare », « épierrer », mais plutôt, selon son ancienne appellation « curvin », de « cura vini » (cure de vin, lieu où l’on soigne le vin) ;cure-vin étant devenu par alteration du « u », « crevin ».
Les propriétaires connus apparaissent au XVIème siècle avec la Réforme.

Dans la seconde moitié du XVIIème siècle, Jacques Grenus, sixième propriétaire de Crevin, fit faire d'importants travaux de drainage et fit bâtir le château de style renaissance. Le bâtiment ayant plutôt l'élégance des demeures du XVIIIème siècle, cela laisserait supposer, en l'absence de plans et d'actes, que cette construction ait pu s'étaler dans le temps.

Fin XVIIème, début XVIIIème, l'influence francaise est omniprésente dans l'élaboration des jardins aux lignes géométriques, rehaussés de plans d'eau, ainsi que dans l'architecture, les fers forgés des grilles et de la décoration de la fontaine en forme de coquille Saint-Jacques.

Certes, l'ensemble a dû être quelque peu modifié au XIXème siècle lorsque l'annexe a été bâtie et reliée au bâtiment principal. Un étage sur rez-de-chaussée, surmonté de combles, abritant salons et chambres ayant tous et toutes reçu un nom, viennent cotoyer le pressoir, les écuries, les caves et autres communs.

La décoration faite de boiseries et de stucs est signée Jean Jacquet (1754-1839), sculpteur français qui a beaucoup travaillé à Genève pour les familles fortunées. Le château a connu ses dernières transformations avec la Société d'Aménagement du Golf de Bossey.

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